Derrière les montagnes

Par Julie Clarini
Le Monde
8 novembre 2013


Dix années entre «le pays de Cardamome», les Etats de l’Est indien, et celui «de Myrrhe», sur la péninsule Arabique, dix années entre la pluie et l’encens dont Antonin Potoski fait un récit qui vagabonde en images et en pensées. De même qu’un livre est ce qui se situe derrière les montagnes quand on a suivi le «chemin de l’écriture», de même la frontière apparaît dans l’ouvrage comme ce qui se dérobe, se diluant dans le sentiment d’une «géographie continue». Du moins chez les populations que le narrateur côtoie, les Arakanais musulmans, originaires de Birmanie et chassés par les milices bouddhistes. Ils trouvent refuge, quand leurs esquifs ne sont pas refoulés, dans l’estuaire de la Naf, au Bangladesh. C’est dans cette rivière que le narrateur dit s’être «baigné sur la frontière» sans jamais la traverser. Frôler le mystère des limites, caresser le troublant partage des cultures et des sexualités, telle pourrait bien être l’ambition qui habite cet écrivain voyageur.